L'Observatoire du Halal

Les tribulations d’une carnivore curieuse

 

Le jeudi 12 avril, j’ai fait mes courses à l’hypermarché U de Saint-Maximin (83). Déterminée par souci sanitaire et refus de la taxe islamique à ne plus manger halal à mon insu, j’ai vérifié l’étiquetage des barquettes de viande bovine. Armée de la liste des établissements qui ne pratiquent pas l’abattage halal, j’ai constaté qu’aucune de celles que j’ai examinées n’en provenait.  Autrement dit « les nouveaux commerçants »   fourguent du halal sans le dire clairement. Mieux encore, la barquette des tranches de gigot indiquait en tout et pour tout « origine France » (ce qui probablement peut se dire  d’une bête venue de n’importe où, ayant pâturé 48 heures en France).

Je croyais naïvement que l’on avait reconnu au consommateur le droit de savoir ce qu’il mangeait. Comme tout le monde j’ai entendu parler de la fameuse « traçabilité » instaurée après la maladie de la vache folle. Comme je sais que les moutons aussi peuvent être fous (tremblante du mouton), j’ai voulu en savoir plus sur mes tranches de gigot. Aucun employé au rayon boucherie. A l’accueil, la dédaigneuse préposée consent à m’indiquer que le responsable  ne vient qu’à 4 heures du matin. Pour remplir les gondoles… En son absence nul ne peut me répondre. Dont acte.

Mais, me dis-je, la république est une mère pour le citoyen : un tas de fonctionnaires dans une foule de « machins » veillent sur lui. Il y a par exemple, une direction départementale de protection des populations (DDPP). Là on pourra me dire s’il est normal que j’ignore tout du traitement subi par mes tranches de gigot. Las ! J’ai passé la matinée du vendredi au téléphone sans trouver de défenseur. Le magazine Que choisir contacté en désespoir de cause, se défausse sur son antenne toulonnaise où j’apprends qu’ « ils répondent quand ils veulent » et que « ça regarde la répression des fraudes ». Me voilà donc partie à la recherche de cette administration. A la Préfecture, entre permis de conduire et carte de séjour,  le menu ne propose aucune touche à taper pour trouver un « protecteur ». Qu’à cela ne tienne. Il y a à Marseille une « direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation ». Pour la faire courte, après diverses péripéties,  je me suis retrouvée à l’hôtel des impôts où l’on m’a dit : « Les techniciens sont sur le terrain. Ecrivez-nous ».

Ayant surfé sur internet pour meubler mes temps d’attente, j’apprends que le 39 39 pourrait être le bon numéro. Je le compose. Annonce façon aéroport : « Allo service public, bla, bla, bla… 6 centimes la minute et 3 minutes d’attente ». Enfin, quelqu’un à qui j’expose mon affaire. « Ah !je vérifie ». Une bonne minute est nécessaire pour que la préposée se persuade que ma question concerne bien la consommation et me branche sur le service ad-hoc. Là, 8 minutes d’attente m’annonce-t-on. Les minutes à 6 centimes défilent, pour m’entendre dire finalement que tout le monde étant occupé, je dois renouveler mon appel autant de fois que nécessaire à un n° 0810…  en me prévalant  d’un « code d’accès » que l’on me donne. Ce sésame est valable jusqu’à 17 heures. Là, j’ai laissé tomber…

Bien entendu, dans la foulée, j’ai téléphoné au « service consommateur » des magasins U. « On vous rappelle ». On me rappelle. « Légalement, nous ne sommes pas obligés de vous  préciser comment a été obtenue la viande ovine que nous vendons. On vous écrira ».  De fait, il semble bien que, réglementairement, (et très curieusement…), à la différence de la viande bovine, la traçabilité exigible de la viande ovine peut «  ne figurer que sur les fiches, bons de livraison et documents commerciaux »  quand « elle est commercialisée à un stade antérieur à la vente au consommateur » (spécification technique B1-15-05). Dont acte : les magasins U, pourraient par égard pour le client en dire plus sur leur viande de mouton mais s’y refusent. La lettre reçue depuis me le confirme. Au milieu de protestations sur leur sérieux et leur rigueur, il ressort qu’ils se contentent de « suivre de près l’évolution de la réglementation ». En clair, ils attendent d’y être obligés pour informer sur les spécificités de la viande qu’ils commercialisent. Ils reconnaissent le risque mais, attention !, voyez jusqu’où va leur conscience professionnelle : « Nous avons obtenu l’engagement de nos fournisseurs que le risque sanitaire lié à ce type d’abattage est entièrement maitrisé chez eux ». Affirmation vague qui laisse rêveur quant aux moyens mis en œuvre pour assurer pareille « maitrise ».

Moralité : – pour connaître ses droits et savoir  ce que lui refilent exactement les lobbies de l’agro-alimentaire et de la distribution grande ou petite, le consommateur  ne  doit compter que sur lui-même.                                                                                                                                   - à défaut de devenir végétarien, la seule riposte est de réserver sa pratique aux commerçants qui, après enquête,  ne se payent pas la tête du client.                                                            - pour être tout à fait tranquilles les amateurs privilégieront le gigot de Nouvelle-Zélande où l’abattage halal est interdit.