L'Observatoire du Halal

08/03/2011 Al Kanz et la fatwa

Voici un texte publié sur le site d‘Al-Kanz.

 

Les poulets vendus dans les restaurants KFC ne sont pas halal, tout comme les poulets Doux qui ne sont pas non plus halal. Fin février, nous étions au Gulfood, un salon alimentaire en passe devenir la référence internationale en la matière. Nous y avons rencontré Guy Odri, directeur général du groupe Doux, qui avant de nous chasser de son stand a clairement reconnu que les poulets Doux sont passés par électronarcose et abattus mécaniquement. Les viandes vendus chez Quick, non plus, ne sont pas halal, comme l’ont clairement dénoncé, l’an dernier, les mosquées d’Evry et de Paris (voir Selon les mosquées d’Evry et de Paris, Quick n’est pas halal). Quant à la gamme Carrefour halal, le numéro 2 mondial de la grande distribution a décidé d’assumer publiquement le recours systématique à l’abattage mécanique.

En 2010, quelques semaines après nous avoir fait parvenir une première fatwa (avis juridique) condamnant le recours à l’électronarcose et l’abattage mécanique, Majarrah, lecteur d’Al-Kanz, nous envoyait une seconde fatwa, en version audio. La première fatwa émanait du cheikh Rajihi, celle-ci du cheikh Abd Al-’Aziz ‘al ash-Shaykh, mufti d’Arabie saoudite, président du comité permanent des recherches scientifiques et de l’Ifta* et président du l’assemblée des grands savants. Vous la trouverez ci-dessous. Quelques précisions au préalable sur les conditions de cette fatwa :

- la question a été posée le dimanche 1er dhul-hijjah 1431, qui correspond au 7 Novembre 2010, à l’issue d’un cours que le cheikh a donné dans la mosquée Ibn Baz (La Mecque). Cette mosquée est fréquentée par les musulmans de France venant accomplir leur pèlerinage, car réputée pour accueillir de nombreux cours de savants avant le début du hajj. Ce jour-là, l’assistance comptait plusieurs pèlerins français.
- la question est posée au cheikh sans que ce ne soit précisée la méthode d’abattage. Il est simplement indiqué que la méthode d’abattage n’est pas conforme au rite islamique. Le cheikh répond en évoquant l’une des méthodes non conformes, en l’occurrence l’abattage par étranglement. La réponse du cheikh vaut pour tout mode d’abattage haram (interdit), comme l’est l’abattage mécanique.
- la seconde partie de la réponse du cheikh est une réponse de prudence. Lors de ce genre d’assises, un savant répond en fonction des éléments apportés dans la question qu’on lui soumet. Il doit à cet égard faire preuve de prudence et ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on lui affirme. D’où le conditionnel. Ajoutons qu’un droit de réserve oblige le cheikh à s’en tenir à des déclarations mesurées.

Question : Nous résidons en France et nous avons récemment vu à la télévision française la diffusion d’un reportage consacré à la production de viande halal en France.
Notre plus grande surprise a été d’apprendre qu’une grande société vend des poulets en prétendant que ces derniers sont halal, mais il est ensuite apparu qu’elle ne procédait pas à la mise à mort des poulets selon le rite islamique, et qu’aucun contrôleur de la méthode d’abattage n’était présent dans ses bâtiments. De plus, cette société importe ses bêtes dans le Golfe, et particulièrement dans le royaume d’Arabie Saoudite. Nous espérons donc que vous pourrez nous donner votre point de vue à ce sujet.

Réponse : Premièrement, il est à noter que la nourriture des gens du Livre (Ahl al-Kitâb) nous est permise, car Allâh a dit : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (Sourate 5, Verset 5), « nourriture » signifiant ici « animaux abattus ». Nous en déduisons ainsi que les animaux abattus par les gens du Livre nous est licite, de même que les animaux que nous avons abattus leur sont permis. Il est également à savoir que le Prophète صلى الله عليه وسلم s’est nourri de ce qui avait été préparé par des juifs : lorsqu’une femme juive lui offrit un plat contenant de la viande, et qu’un juif lui offrit un pain d’orge sur lequel se trouvait de la graisse animale fondue, il les consomma.

Cependant, s’il est avéré que l’abattage [pratiqué par cette société, NDT] s’effectue par exemple par étranglement de l’animal*, cela est une autre affaire : si l’abattage des animaux s’effectue selon le rite légiféré en Islam, Allah nous a certes permis de les consommer, mais si cet abattage est réalisé dans des conditions contraires au rite islamique, comme le fait de mettre à mort l’animal en l’étranglant, l’affaire est ici toute autre.

Ce que l’on sait à l’heure actuelle, et Allâh est le plus Savant, cet abattage est généralement réalisé conformément au rite islamique, car de nombreuses recherches ont été effectuées à ce sujet par Al-Hay’ah (l’assemblée des grands savants d’Arabie Saoudite). Et ce qui résulte de ces recherches, c’est que la base réside dans la permission, tant qu’un élément ne vient pas montrer avec certitude que l’abattage de cette société n’est pas réalisé selon le rite islamique.

La dernière phrase est intéressante, en ce qu’elle illustre pleinement la réalité d’aujourd’hui : l’abattage mécanique, tel qu’effectué dans les sites de production des poulets Doux, Carrefour, etc., n’est islamiquement pas acceptable. Sauf qu’il existe un décalage, qui profite au faux halal, entre les principes qui régissent le halal et ceux qui ont réussi à faire croire tant aux autorités gouvernementales des pays musulmans qu’aux consommateurs eux-mêmes que leurs méthodes sont conformes au rite islamique.

Une fois encore, on se rend compte combien les industriels travaillent pour leur propre intérêt et se fichent de l’intérêt tant de leurs salariés que de la France. 1) De leurs salariés : les pays musulmans sont de plus en plus sensibles à ce que les entreprises étrangères importent chez eux. Aux Emirats arabes unis, par exemple, certaines entreprises françaises ne sont pas les bienvenues du fait de leur partenariat avec tel ou tel organisme de certification. D’autres entreprises sont aujourd’hui clairement menacées. Plutôt que de se conformer aux règles, pourtant simples, qui régissent le halal, elles préfèrent commercialiser du halal contrefait, avec le risque de se voir prochainement blacklisté, ce qui mènerait en France, dans certains cas, au licenciement de plusieurs centaines de salariés. 2) De la France : nous ne cessons de le dire depuis des années. Le halal est une chance pour la France. Notre pays dispose d’un outil industriel et d’une large population musulmane, deux atouts pour devenir l’un des fleurons mondial sur le marché du halal. En lieu et place, les produits halal français font, à l’étranger, de plus en plus l’objet de suspicion, voire de rejet. En laissant le champ libre aux mauvaises pratiques et aux entreprises qui ont choisi la stratégie du faux halal, les décideurs participent à la déréliction de l’économie de notre pays. Jusqu’ici, tout va bien… mais l’important ce n’est pas la chute, c’est l’atterrissage.

* La position de l’ifta est très claire : selon les principes rappelés par ce conseil de savants, l’abattage tel qu’il est pratiqué notamment par Doux, Carrefour et les fournisseurs de Quick, n’est pas acceptable islamiquement parlant. Cf. la seconde partie d’un article publié en juin 2010 : Non-halal : Doux rencontre des acheteurs saoudiens.

Source : Nouvelle fatwa contre les poulets Doux, KFC, Carrefour et assimilés by null

13/05/2010 – Laguillaumie : l’abattoir prétendument 100% musulman…

L’Observatoire du Halal – Inconnu du grand public, l’abattoir Laguillaumie utilise comme principal argument de vente le fait qu’il soit 100% musulman.

Voici comment il se présente sur son site internet.

« Ancienne filiale du groupe Duc, Laguillaumie est le seul et unique abattoir musulman de volailles à l’échelle industrielle en France. Situé à Appoigny, au cœur de la Bourgogne, il est le premier à proposer une plateforme exclusivement destinée à l’abattage rituel islamique.

Racheté en 2005 par un musulman, cet abattoir dispose d’équipements en parfaite conformité avec les normes industrielles les plus exigeantes dans ce domaine. Employant près d’une soixantaine de professionnels, de toutes confessions, il produit près de 400 tonnes de viandes halâl mensuellement ».

A cette lecture, le consommateur musulman soucieux de n’acheter que du halal sûr et certain, soucieux également de ne travailler qu’avec des musulmans, se sent rassuré. Hélas pour lui, la sémantique est trompeuse. « Unique abattoir musulman » ne veut pas dire « appartient à des musulmans ». « Racheté en 2005 par un musulman » ne veut pas dire non plus que, depuis cette date, il ne s’est rien passé dans la vie financière de l’entreprise.

En effet, en 2008 (1), le propriétaire de Laguillaumie, M. Iyoub Bouherrafa, gérant de la société SVC, SARL unipersonnelle installée sur la Zone d’activités Saint Léger à Stains (Seine Saint Denis), et propriétaire à cette époque de 100% des actions de Laguillaumie, a ouvert son capital à la société Zaphir, dirigée par Jean-Daniel Hertzog (2). En d’autres termes, Laguillaumie qui se targue d’être un abattoir « racheté en 2005 par un musulman » omet de préciser à sa clientèle qu’elle appartient, depuis deux ans, à 40% à un non musulman, lequel est, en outre, parfois la cible d’attaques antisémites sur certains forums islamiques.

Laguillaumie prend soin de préciser que son personnel est « de toutes confessions ». On remarque cependant sur les videos de l’entreprise que le personnel montré au public est presque exclusivement maghrébin. On peut relever également que Laguillaumie se targue de respecter les fêtes musulmanes et donc d’être fermé ces jours là, ainsi que le vendredi après-midi (3). Les employés non musulmans de l’entreprise sont donc soumis à la même règle religieuse que les musulmans.

La certification halal est assurée par AVS (A Votre Service), un des rares organismes de contrôle halal jouissant en France d’une réputation de sérieux. Cette association loi de 1901 présidée par Lahcène Belatoui est placée sous le patronage intellectuel et religieux de Tarik Ramadan. Elle est bien connue pour ne pas hésiter à critiquer ses concurrents. A en croire son directeur administratif « 90% des volailles sacrifiées en France » réputées halal ne le seraient pas (4). Sauf, celles certifiées par AVS…

En effet, AVS répudie toute forme d’étourdissement (électronarcose) des volailles avant le sacrifice, contrairement à beaucoup d’autres certificateurs qui acceptent ce procédé plus commode d’un point de vue industriel (ainsi que l’abattage mécanique) mais qui ne garantit pas le halal. Cependant, AVS avoue accepter l’étourdissement après l’égorgement de la volaille. Or, un étourdissement après la saignée peut également laisser place au doute puisque la bête pourrait mourir de cet étourdissement avant même de mourir de l’égorgement. Même si la possibilité est infime, elle est réelle. On doit donc en conclure que, là également, la certification halal ne peut être garantie à 100%. On notera que la société décrit longuement sur son site internet combien elle refuse l’étourdissement avant l’égorgement, mais ne dit mot sur l’étourdissement après…

L’étourdissement post égorgement se justifie industriellement pour éviter que la volaille à l’agonie n’abime ses ailes en se débattant.

Bien évidemment, les produits Laguillaumie sont plus chers à produire. Tel est le prix à payer pour faire du halal. L’entreprise écrit :

« Cela implique donc qu’une volaille réellement sacrifiée selon les rites islamiques et par conséquent halâl revient plus chère que les autres. » (5)

Au-delà des points douteux que nous soulevons plus haut, Laguillaumie semble préfigurer l’avenir de l’industrie de la volaille en France. A savoir la prise en main progressive d’un secteur professionnel par la communauté musulmane, grande consommatrice de ces produits, que ce soit à l’export ou sur le marché français.

(1) Et non 2009 comme on indiqué sur certains sites internet spécialisés.
(2) Cet agrandissement de capital semble avoir été rendu nécessaire par le besoin de rénover et agrandir l’abattoir.
(3) En terre d’islam, le vendredi tient lieu de dimanche.
(4) Saphir News – 9 avril 2010
(5) Cette affirmation laisse songeur sur le caractère halal de la plupart des boucheries musulmanes de France qui affichent souvent des prix très inférieurs à ceux des boucheries traditionnelles. A moins que les viandes de ces boucheries ne proviennent de bêtes refusées ailleurs en raison de leur mauvaise qualité…